La médecine rurale est malade! Allocution de M. Jean Marie Laplante

Devant les difficultés de recrutement de nouveaux médecins dans la région et l’inaction du Ministère de la Santé face aux nombreux appels de la Coopérative pour corriger la situation avant qu’elle ne devienne critique, la MRC d’Acton et la Coopérative de Santé ont tenu un point de presse, ce matin, pour dénoncer la situation et demander au Premier Ministre et au Ministre de la Santé d’agir pour trouver des solutions durables pour le maintien des services de proximité en milieu rural.  Voici l’allocution de M. Laplante  lors de cette conférence de presse.  Notez que les versions orales prévalent sur les versions écrites.

Allocution du 8 mars 2016 par Monsieur Jean-Marie Laplante, préfet de la MRC d’Acton

C’est au nom des 8 maires de la MRC d’Acton que nous vous avons convié aujourd’hui pour vous entretenir sur l’état des soins de santé offerts en région.

Je vous annonce donc officiellement que LA MÉDECINE RURALE EST MALADE !

Depuis plus de 20 ans, aucun nouveau médecin, issu du système de répartition des effectifs médicaux du Ministère de la Santé n’a été alloué à la MRC d’Acton.

Dans les années 2000, la MRC d’Acton a déjà vécu une crise et nous avons dû en appeler à la mobilisation de tous les élus et de tous les citoyens pour la surmonter. C’est ainsi que la Coopérative de Santé a vu le jour et a donné à la région un attrait pour attirer de nouveaux médecins.  Nous avons réussi, alors, à recruter des médecins en provenance d’autres régions pour améliorer les soins de proximité.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons au même point ! Entre juillet 2015 et août 2016, ce sont 3 médecins sur les 6 que comptait la Coopérative qui quitteront la pratique médicale.  Les conséquences sont importantes :

Près de 2300 patients deviendront orphelins de médecins, dont plus de 900 sont vulnérables.

N’ayant plus de médecins pour maintenir le service de sans rendez-vous, c’est 11,000 personnes sur 15,500, soit 70% de la population qui perdront leurs soins de proximité.

Ces personnes devront se diriger vers les villes avoisinantes et les urgences pour obtenir des soins de première ligne, puisque ceux-ci ne seront plus disponibles ici ! Est-ce la volonté du Ministre de la Santé que d’engorger davantage les urgences pour que les citoyens obtienne des soins pouvant être dispensés ici, en région ?

Les soins de proximité sont essentiels à la vitalité et à la survie des régions !

L’accès à la main d’œuvre et la réduction de l’absentéisme sont des enjeux importants pour maintenir la compétitivité des entreprises et les conserver ici.

Les soins de proximité sont essentiels pour éviter l’exode des citoyens des régions vers les villes.

Les citoyens vivant en région sont fiers de leur communauté et participent grandement à la vitalité économique de l’ensemble du Québec. En outre, ils contribuent économiquement aux programmes gouvernementaux via leurs impôts et taxes, et ce, à la même hauteur que tout citoyen vivant en milieu urbain.  Ils ont donc droit au même respect et à la même considération du gouvernement.

Lors de son allocution du 28 janvier dernier, le Ministre Couillard a dit et je vous cite :

« Une meilleure qualité de vie, ca veut dire poursuivre la modernisation de notre système de santé pour qu’il soit à la hauteur de vos attentes, qu’il soit toujours votre allié lorsque vous en avez le plus besoin. L’accès aux soins et à un médecin est et sera toujours notre priorité. »

Monsieur le Ministre, nous sommes d’accord avec vous, mais est ce vrai aussi pour les gens vivant en milieu rural ? Nous en doutons fortement, car en matière de santé, le système en place sert les milieux urbains et pénalise les régions.

Il a aussi dit :

« Il reste du travail à faire et je veux que vous sachiez que les décisions que nous prenons, même les plus difficiles, n’ont qu’un seul et unique objectif : améliorer votre qualité de vie et celle de vos proches. »

Monsieur le Ministre, nous sommes désolés de vous annoncer que les décisions qui ont été prises dernièrement par votre gouvernement n’ont pas atteint les objectifs visés et auront l’effet contraire, ici, dans la MRC d’Acton, et j’en suis certain, dans toutes les régions du Québec en matière de soins de santé !

Et finalement, il a déclaré :

 « Chaque membre de notre équipe, quel que soit son rôle, a le devoir de bien représenter des gens provenant de toutes les régions et de tous les horizons, qu’ils aient voté ou non pour notre formation politique. Vos priorités sont les nôtres. Vos ambitions sont également les nôtres. Nous voulons bâtir un Québec à la mesure de son grand potentiel. »

Monsieur le Ministre, nous sommes contents de l’apprendre, mais déçus de ne pas constater cette réalité dans notre région. Tous nos appels et nos demandes d’aide envers votre gouvernement ont été, à ce jour, soit refusés, soit ignorés.   Toutes nos propositions repoussées du revers de la main.   Les régions sont pas votre priorité, malgré ce que vous annoncez, autrement, nos appels auraient été d’abord entendus, ensuite à tout le moins considérés !

En terminant, je tiens à vous souligner qu’au Québec, il y a 1 médecin omnipraticien pour chaque 855 habitants.

En Montérégie Est, c’est 1 médecin pour 1,183 habitants.

Dans la MRC d’Acton, il y aura 1 médecin pour 4,300 habitants.

Est-ce cela, l’équité ? Est-ce cela, les soins de proximité que nous promet le Premier Ministre du Québec ?

Dans la MRC d’Acton, il y a un déficit de 7 médecins pour obtenir les mêmes ratios que dans la région de la Montérégie Est.

Ainsi, nous demandons au Premier Ministre du Québec ainsi qu’au Ministre de la Santé :

  1. De solutionner d’urgence le manque de médecins de famille dans la MRC d’Acton, sans attendre que la clinique ferme, comme cela est arrivé ici même, il y a une décennie et dernièrement à East Angus.  Pour y parvenir, 4 nouveaux médecins sont requis dans l’immédiat. Cela nous permettrait de récupérer les patients qui perdent leur médecin de famille, et de ré-ouvrir le service de sans rendez-vous.
  2. De mettre en place des mécanismes de répartition des effectifs médicaux équitables, qui solutionneront en permanence les problèmes de recrutement des médecins en région. Nous ne voulons plus aller de crise en crise. Nous voulons une solution durable pour notre population.
  3. D’offrir aux cliniques en région le même soutien que celui offert dans les milieux urbains en modulant le cadre GMF pour tenir compte des réalités rurales, tel que nous vous l’avons proposé, il y a plusieurs mois et à plusieurs reprises, mais qui a été systématiquement refusé, sans considération !

LA MÉDECINE RURALE EST MALADE, ET IL VOUS REVIENT DE LUI REDONNER LA SANTÉ !

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